— Ah ! tu as cassé ma cruche. Je m’y attendais. Tu n’as que trop tardé. Eh bien tu sais ce qui te reste à faire… Il me faut une cruche pareille à celle que tu viens de briser. Va me la chercher où tu voudras, mais en aucun cas, il ne te faut remettre les pieds ici, chez moi, sans ma cruche.

Koffi, pétrifié, les débris de la cruche à ses pieds, regardait sa bellemère.

— Comme j’ai envie de t’assommer ! As-tu fini de me regarder de cette façon-là ? Qu’attends-tu pour partir, partir où tu voudras… mais ma cruche, il me la faut… tu entends, tu as compris ?

Et Koffi partit, heureux de partir, de partir de cette maison où jamais il n’eut une minute de repos, une minute de joie, parce que lui, il avait perdu sa mère.

Plus il s’éloignait de la maison où tout lui avait été injures, corvées, punitions, plus il se sentait heureux, reprenait goût à la vie. Il rencontrait des hommes, bavardait avec eux ; des animaux, il plaisantait avec eux. Plus aucune injure, aucune menace, mais des rires, de l’affection, de la compréhension. Et lorsqu’il leur racontait à tous, son aventure, dans leur voix et dans leur regard, il y avait de la commisération, de la pitié. Et tous lui disaient : « Et tu as pu vivre là, dans cet enfer, avec un tel démon tout le temps à tes trousses ? »

Mais lui partait. Et chose étrange, plus il s’en allait, plus la vie lui paraissait belle. Ah, comme son horizon avait été petit, borné !… Maintenant devant lui, le monde, l’espace ! Et ce monde, il le fixait, les yeux secs, et non plus à travers des larmes qui déforment tout, non plus à travers le froid, les privations, les misères, les transes continuelles.

Et Koffi s’en allait, et plus il s’en allait, davantage sa confiance en l’homme croissait. Il respirait à l’aise, l’air salubre, et chantait d’une voix merveilleuse qui faisait danser les feuilles sur les branches, osciller les branches sur les arbres. Et les arbres, ivres de mélodie, dans le vent, entremêlaient leur chevelure piquée de papillons de toutes les couleurs, contant fleurette à des abeilles en repos.

Et il allait toujours, Koffi qui, de sa mère, ne connut la moindre caresse, le moindre sourire et ne conservait d’elle aucun trait. Elle fermait ses yeux lorsque Koffi, sur le monde, ouvrait les siens. On eût dit que dans ce vaste univers, il n’y avait pas assez de flamme, assez de lumière pour luire à la fois dans les yeux de Koffi et de sa mère, et qu’il fallait que la maman, à son fils, transmît sa flamme à elle. Elle s’éteignit lorsque l’enfant s’embrasait de vie…

Un soir il arriva au bord d’un fleuve, si grand que l’autre rive se confondait avec l’horizon. Et dans cette eau, un crocodile aussi gigantesque qu’une montagne. Le fleuve, survolé de mouettes, était comme un tapis uni tiré par une main invisible. Sur la berge, des vaguettes, sans dentelure aucune, d’un bloc comme du velours qu’on déploie, venaient mourir. Les coqs de pagode dans les fourrés chantaient l’heure du repos.

Le Crocodile fixait Koffi de tout l’éclat de ses yeux couleur de flamme. Autour de lui des têtards se pourchassaient. Aux roseaux dont la tête dans l’onde, faisait on ne sait quelle confidence, venaient s’accrocher des touffes d’herbes, comme un voyageur, le soir, dans un village, cherche asile. Un martin-pêcheur, à l’affût, battait à peine des ailes. Le menu fretin naviguait en escadre ; des coquillages traînant leur masse de corps épineux, titubaient comme s’ils étaient chargés d’une croix. Une araignée posée sur une feuille, s’en allait au fil de l’eau. Et toujours les coquillages qui tombaient, se relevaient, laissant sur le sable, des rainures, des sillages.

Le Crocodile, ouvrant sa gueule plantée de crocs fort pointus, de crocs aussi énormes que des fromagers, noircis, ébréchés à force d’avoir mangé de bonnes choses, lui dit :

— Petit, qui t’a indiqué la route qui mène chez moi ? Depuis que le monde est monde, aucun être humain, dans ces parages, jamais n’est venu. Que cherches-tu ? Veux-tu être croqué ?

— Je ne suis qu’un orphelin. Si tu dois me croquer, écoute auparavant mon histoire.

Et Koffi, au Crocodile, conta toute son histoire, depuis la mort de sa mère jusqu’au jour où il brisa la cruche.

Le Crocodile apitoyé, versant des larmes, de véritables, celles-là, lui répondit :

— Si tu voulais me frotter le dos — je venais prendre un bain — non seulement tu verrais ta mère, mais tu aurais une cruche pareille à celle que tu as cassée.

Et Koffi, crânement, sans un soupçon d’hésitation, prit l’éponge, descendit dans l’eau, grimpa sur le dos du Crocodile et se mit à frotter, à frotter ce dos rugueux, crevassé, ayant des aspérités aussi tranchantes que la machette la plus aiguisée, des pointes aussi effilées que des aiguilles et des pans d’écailles sur lesquels le savon ne moussait pas. Koffi frottait, frottait le dos, et de ses doigts entaillés, de ses mains déchirées coulait le sang qui rougissait l’eau. Mais il ne pleurait point.

Après cette toilette laborieuse, le Crocodile lui dit :

— Monte sur mon dos.

L’enfant monta et ils partirent.

Un matin, ils se trouvèrent devant une porte, une toute petite porte bien sale. Et le Crocodile ordonna : « Touche-la seulement. »

À peine le doigt de Koffi l’avait-elle frôlée, qu’un bruit terrible, un bruit fait du grondement de mille tonnerres et de milliers de montagnes qui s’écroulent à la fois, se produisit. Et devant lui, que voitil ? Un être étrange qui puait, mais puait alors de toutes les puanteurs du monde, un être dont la tête se perdait dans le ciel et les pieds dans le sol. En marchant, cet être fendait le ciel et la terre.

— D’où viens-tu, petit téméraire ? Qui t’a amené ici ? Que veux-tu ?

Le Crocodile avait disparu dès que le monstre s’était montré. Koffi était seul, son cœur voulait forcer les côtes et s’en aller. Mais les côtes sur lesquelles il se ruait, lui résistaient. Koffi se taisait, muet d’épouvante.

— Que veux-tu ?

Et Koffi recouvrant ses esprits, lui conta toute son histoire, depuis la mort de sa mère, jusqu’au moment où il vit le Crocodile.

— Coiffe-moi, lança l’être étrange.

Et Koffi se mit à le coiffer. Le moindre brin de cheveu qui tombait, faisait trembler la terre. On voyait les arbres tituber, s’accoter les uns aux autres, puis ensemble, se tenant toujours par leurs chevelures emmêlées, s’abattre ; les montagnes oscillaient. Et ces cheveux puaient : une odeur suffocante, irrespirable.

Koffi le coiffa. Il ne sut jamais combien de temps cela dura. Mais lorsqu’il eut fini, l’être étrange lui murmura :

— Tourne-toi.

Koffi se tourna.

— Regarde-moi.

Koffi tremblait. Devant lui était un Diable plus effrayant encore que le Crocodile et l’être étrange. Il aurait voulu retourner sur ses pas, être bien loin de ces régions. Il aurait voulu courir. Oui, il faut courir, fuir ces apparitions, retourner dans le monde des humains. Il courait, courait, tout essoufflé. Mais, phénomène étrange, il ne bougeait point de sa place. Il voulait crier. Il criait, criait de toutes ses forces. Mais aucun son ne sortait de sa bouche grande ouverte. Et le Diable qui était là, qui, d’une voix plus tonitruante que celles du Crocodile et de l’être étrange, lui criait :

— D’où viens-tu ? Qui t’a amené dans ce pays où jamais les hommes ne mettent les pieds ? Que cherches-tu pour venir jusqu’à moi ?

Et Koffi à nouveau, lui conta son histoire, depuis la mort de sa mère jusqu’à sa rencontre avec le monstre dont la tête se perdait dans le ciel et les pieds dans la terre.

Le Diable alors le mena dans un endroit ténébreux. L’obscurité y était opaque, dense, palpable. Au passage, elle opposait de la résistance. Et là-dedans des êtres qui parlaient, riaient, chantaient, dansaient. Depuis combien de temps marchaient-ils ? Koffi ne sut jamais le dire. Brusquement ils furent à la lumière sur une haute, très haute montagne.

Le Diable se tournant vers Koffi, lui demanda :

— Qu’as-tu vu dans la chambre d’où nous sortons ?

— Rien.

— Qu’as-tu entendu ?

— Rien.

— Laisse-toi tomber de cette montagne.

Au pied de la montagne, sur des distances et des distances, à perte de vue, était la brume. Nul arbre on n’apercevait. Nul bruit on n’entendait. Et sur cette brume, le soleil qui flamboyait.

Koffi se laissa tomber de la montagne au bas de laquelle il retrouva le Diable qui lui remit deux clés en ordonnant :

— Continue ta route. — Mais ces clés ?

— Eh bien, sur ta route, tu trouveras deux portes, l’une à droite, l’autre à gauche. Ouvre celle de droite en te gardant bien de frôler celle de gauche.

Et Koffi partit. Arrivé aux deux portes, il ouvrit celle de droite.

C’était la porte du village des vieilles femmes.

— D’où viens-tu, petit et où vas-tu ?

Koffi encore par le menu conta toute son histoire. Chacune voulut l’entendre pour pouvoir la raconter à son tour. Et à chacune, il conta la même histoire, sans un mot de plus, sans un mot de moins.

— Tu veux aller voir ta maman pour avoir une cruche pareille à celle que tu as brisée?

— Oui.

— Avant de partir, il te faut nous coiffer, nous curer les ongles des doigts et des orteils ; nous chercher de l’eau, nous laver et nous habiller toutes.

Or c’était un monde que ce village de vieilles femmes toutes blanchies, toutes cassées, et qui s’en allaient en titubant sur leurs bâtons. Lorsqu’elles se levaient, on entendait les articulations crier. Quelques-unes ne pouvaient même plus se redresser et s’en allaient la main droite tenant le bâton sur lequel elles s’appuyaient, et la main gauche sur les reins comme pour en étouffer les cris.

Et Koffi à cette nouvelle épreuve, se soumit avec empressement et sourire. Il allait, il venait, racontant de belles histoires à toutes ces vieilles femmes qui riaient en se tapant sur les cuisses, en se tenant le ventre.

Très heureuse, la fin des épreuves étant arrivée, la plus vieille des femmes, à Koffi, remit deux gourdes et lui indiqua où et quand il devait jeter la première.

Koffi repartit. À l’endroit indiqué, il jeta la gourde. À peine cette dernière avait-elle touché la terre que Koffi se vit en compagnie de sa mère qui, en échange de la clé et de la seconde gourde, lui remit trois autres gourdes en disant :

— Au sortir de ce village, jette la gourde que voici. Tu te retrouveras immédiatement dans ton village. Les autres gourdes contiennent tes richesses ; et voici la cruche que tu cherchais.

Koffi tout joyeux, emporta ses gourdes et sa cruche. Cette cruche, il l’avait enfin ! Et au prix de quelles peines, de quelles souffrances ! L’histoire du Crocodile, de l’être étrange, du Diable, des vieilles femmes, lui aurait paru un songe affreux s’il n’avait encore des cicatrices sur les mains, s’il ne tenait une cruche et des gourdes !

Jetant la première gourde, il se retrouva aussitôt dans son village. Mais il avait tellement vieilli qu’on ne le reconnaissait plus. On avait déjà oublié qu’un jour, il y a de cela des années, un certain orphelin partit du village, à la recherche d’une cruche, la cruche qu’il ramenait. Il y avait tant d’années de cela que les vieux faisaient visiblement un effort pour se le rappeler. Ils interrogeaient la fumée de leurs pipes, leurs barbes blanches, les longs jets de salive… se grattant la tête pour fouiller des tas de souvenirs.

Koffi remit la cruche à ses parents. Cassant la première gourde, des châteaux poussèrent de partout. On les voyait surgir de terre, les uns à la suite des autres, ces châteaux d’or qu’on ne pouvait regarder sous le soleil levant. Et il en venait encore, toujours. À perte de vue, c’était des châteaux desquels sortait le soleil, et dans lesquels il allait le soir se coucher. De la seconde gourde, sortirent des hommes, des richesses, des femmes, des enfants. Tout cela pour peupler les châteaux.

Koffi était devenu roi.

La belle-mère ne pouvait souffrir cela. Elle voulait pour ses enfants un sort identique, voire plus glorieux. C’était pour elle, une obsession. Elle en avait perdu le sommeil et l’appétit. Dans son cœur l’envie avait poussé des racines aussi grosses que celles d’un fromager, aussi solides et profondes que celles d’un acajou, tissé des voiles plus ténébreux et plus perfides que ceux d’une araignée. Et lorsque le soleil se levait, elle lui demandait dans ses prières de faire fondre tous ces châteaux d’or. Mais le soleil, comme pour la narguer, brillait calmement en faisant luire tous ces châteaux dont les rayons lui venaient comme des flèches au cœur, son cœur qui chaque jour, d’envie se gonflait, se boursouflait.

Un matin, sortant de sa case, avant même qu’elle se soit lavé le visage, elle sauta sur son fils aîné et pan ! pan ! pan !

— Vaurien ! regarde ! Avec ça, tu dors, toi, tu manges, tu ris ! Ces châteaux, regarde-les. Il t’en faut. Il nous en faut. Et plus que cela. Des châteaux en diamant et qui couvriraient la terre entière. Va ! fais comme Koffi. Enrichis-toi.

Et poussant son fils aîné par la nuque, elle le mit en route.

Et le fils aîné, comme poussé par le vent, partit.

Voyant le Crocodile sur la route du fleuve, il s’écria :

— Oh ! oh ! quel vilain Crocodile. Quel monstre, mon Dieu ! — Qui t’envoie, petit ?

— C’est ma mère.

— Et où vas-tu de ce pas ?

— Être riche et puissant comme Koffi.

— Ah ! il était bien gentil, lui.

— Pas plus que moi.

— Lave-moi le dos et je t’aiderai.

— Te laver le dos, moi, le dos d’un Crocodile ? Ton dos avec ses épines, ses aiguilles, toutes les saletés ramassées on ne sait où ?

— Lave-moi le dos.

— Ma mère ne m’a pas dit de venir laver des dos, mais de venir chercher la fortune, la puissance. Des dos à laver, il y en a au village, et des dos bien lisses, des dos d’hommes et non de crocodiles. Je te demande de me faire passer le fleuve.

Et le Crocodile, docile, lui dit :

— Monte sur mon dos et partons. Là-bas, où tu vas, tu trouveras ce que tu trouveras.

— Que trouverai-je ?

— Ce que tu cherches. Monte.

Et l’entant monta. Le Crocodile le déposa devant la porte qui, s’ouvrant, fit voir le monstre dont la tête touchait le ciel et les pieds s’enfonçaient dans le sol. L’enfant aussitôt de s’écrier :

— Qu’est-ce que je vois ! Qu’est-ce que cela ? Comment t’appelles-tu, toi ? Mais où est ta tête ? Et tes pieds ? Et quelle sorte de cheveux ? Des branchages ? Tu n’as pas de poux ?

— Coupe-moi les cheveux.

— C’est toi qui pue de la sorte ? Depuis que ta mère t’a mis au monde, t’es-tu une seule fois lavé, vilain monstre ?

— Coupe-moi les cheveux.

— Alors tu crois que je viens pour couper des cheveux ? Si c’était pour cela, je serais resté au village. Je suis venu, moi, pour m’enrichir, être aussi puissant que Koffi.

— Continue ta route. Tu trouveras ce que tu trouveras.

— Que trouverai-je ?

— Ce que tu cherches.

Et l’être étrange le mena chez le Diable qui, à son tour le conduisit en haut de la montagne, et de la montagne le fit partir chez les vieilles femmes dont les articulations à chaque mouvement avaient des bruits de grues géantes jamais graissées. Et elles allaient et venaient, une main aux hanches et l’autre tenant un bâton sur lequel elles s’appuyaient. Et leurs cheveux étaient aussi blancs que du coton. Dans la bouche, plus une seule dent.

— Quel pays ! Qu’attendez-vous pour mourir vous autres. Je parie que vous êtes toutes des sorcières. C’est vous qui tuez les jeunes gens dont vous enviez la beauté, la jeunesse… Ne me regardez pas comme cela, tas de sorcières… Moi, vous ne me tuerez pas… Aucune de vous ne sucera la moelle de mes os…

Mais toutes les vieilles femmes courant vers lui, clamaient :

— Coupe-nous les cheveux ! cure-nous les ongles des doigts et des orteils ; lave-nous ; cherche-nous de l’eau ; et nous t’aiderons.

— M’aider, vous? J’allais même vous demander les mêmes services, car moi aussi je puis vous aider, vous aider à mourir.

Et la plus vieille des vieilles femmes en lui remettant quatre gourdes, lui dit :

— Tu verras ce que tu verras. Cette première gourde, dès que tu l’auras jetée à terre, tu te trouveras chez toi. Quant aux trois autres que voici, brise-les et tu verras ce que tu verras.

L’enfant jeta la gourde et se retrouva chez lui, en compagnie de sa mère exultant d’allégresse.

— Tu n’as pas tardé ! Et tu nous apportes la richesse, la puissance ! Donne-moi ces gourdes. Où allons-nous les garder ? Pourquoi les conserver ? Mieux vaut les briser tout de suite… tout de suite, pour qu’à côté de ces châteaux viennent se dresser les nôtres… Merci, mon fils !… Viens que je te presse encore sur mon cœur que tu décharges aujourd’hui d’un poids énorme. Ah ! si je ne t’avais pas poussé ce matin-là par la nuque, tu serais ici encore à regarder le soleil se lever de ces châteaux que les nôtres vont bientôt éclipser… Comment faut-il tenir les gourdes? Oui, tenons-les comme cela, et que le monde entier se couvre de châteaux, de nos châteaux !… Comme mon cœur bat ! Écoute-le. Comme ma main tremble ! Regarde-la, mon fils ! Regarde, tous ces châteaux d’or, d’un moment à l’autre, ils vont être balayés. La richesse nous l’avons dans cette gourde ! La puissance, elle est dans cette autre. Merci, mon fils. Je respire maintenant. Je vis. Je puis regarder le soleil, lever la tête. Que désormais le soleil luise davantage et par l’univers, sème les rayons de nos châteaux.

Alors de toutes ses forces la femme jeta la gourde à terre. Aussitôt surgirent des lions, des tigres, des chacals, tous les fauves du monde. Pour conjurer le sort, elle brisa une seconde gourde. Et des flammes jaillirent de partout, du ciel, de la terre, du vent, des cailloux, des montagnes. Tout, autour d’eux, flambait. Les fauves les poursuivaient. Ils couraient, couraient. Les flammes plus rapides, de tous côtés leur coupaient la retraite, les encerclaient, dressées en haute, haute, immense, tour rouge.

La troisième gourde fut jetée et aussitôt la terre s’ouvrit, les engloutit et se referma. Mais au soleil couchant brillaient de tous leurs éclats, les châteaux de Koffi.

Et c’est depuis l’aventure de cette femme qu’on ne maltraite plus un orphelin en pays noir.

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