Le Porc, autrefois, avait une trompe, une belle trompe. Mais il y a très longtemps de cela, si longtemps, que le Porc lui-même n’en a plus souvenir. Une trompe plus longue et plus belle que celle de l’Eléphant. Tout le monde admirait cette trompe et partout l’on ne parlait que de cette trompe, de la belle trompe du Porc. On en parla si bien que l’Eléphant en fut jaloux. Et Kacou Ananzè aussi, car devant ce roi de la malice, des gens osaient parler de la belle trompe du Porc comme pour lui dire : « Toi, tu n’as rien qui te mette en valeur ! » Et ses prouesses donc ? Et ses tours fabuleux ? Non, les gens feignaient de les ignorer.

Kacou Ananzè, au Porc, ne gardait point rancune. Et s’il fut contraint de lui trancher sa belle trompe, ce fut en la circonstance suivante.

Le village de Kacou Ananzè était un grand village, le septième grand village après ceux de l’Eléphant, du Rhinocéros, du Buffle, du Lion, de la Panthère, du Tigre. Ils étaient les sept « grands » du monde animal. Un pacte liait ces sept personnages qui se devaient secours, que ce soit le jour, que ce soit la nuit, tout le temps. Aucun d’eux ne devait rien entreprendre sans en avoir référé aux autres.

Ananzè pouvait, à loisir, manger chez le Lion et la Panthère, en toute quiétude dormir chez l’Eléphant, et celui-ci se vautrer à terre chez le Buffle, sans que la fourmi osât lui chatouiller le bout de la trompe. La Fourmi savait que cette audace aurait entraîné l’extermination de sa gent. Et la Fourmi, prudente, consciente de sa faiblesse, ne tenant nullement à se frotter aux grands de la brousse, demeurait tranquille. Même lorsqu’il lui arrivait de voir l’Eléphant vautré ailleurs que chez le Buffle, elle changeait très vite de route. « Avec les grands, disait-elle, il faut toujours être sur ses gardes. Ces multitudes d’êtres pendus à leurs basques, et vivant à leurs crochets, ne sont-ils pas des témoins prêts à soutenir la pire des causes ? »

Et la Fourmi qui se savait haïe par tous se tenait tranquille. Et elle avait raison de rester tranquille, car toutes les bestioles constamment tremblaient. Elles vivaient dans une crainte permanente qu’accusaient plus encore leurs dissensions. Elles tremblaient lorsque le Lion bâillait.

Elles tremblaient lorsque la Panthère montrait ses griffes. Elles tremblaient lorsque le Tigre avalait sa salive. Et elles tremblaient tout le temps, toutes les bestioles, les unes pour garder leur belle trompe, leur crête, leurs oreilles, les autres, pour conserver leur parure, leur robe, leur belle queue. Chaque bestiole trouvait une raison pour expliquer sa tremblote, justifier son attitude. Et toutes, en silence, subissaient le droit du plus fort, c’est-à-dire le droit des sept grands du monde animal. Le jeu favori de ces sept puissantes bêtes était la chasse. Elles battaient la brousse à tour de rôle. Chaque jour donc les bestioles des villages tremblaient aussi bien que celles de la forêt. Car lorsque la chasse s’avérait maigre, ces puissantes bêtes n’hésitaient nullement, pour soutenir leur renommée, à occire les bestioles des villages. Or chacune en butin, tenait à surpasser la voisine. Ainsi allaient les choses et ce, depuis des années et des années, lorsqu’un jour le Buffle et sa famille partirent en brousse pour ne plus revenir. On les attendit longtemps, deux jours, une lune, cinq lunes. Ils ne revinrent pas. Des recherches furent entreprises qui demeurèrent vaines. La brousse enfin se vengeait de leurs déprédations quotidiennes. Le Buffle et toute sa famille avaient disparu, et nulle trace de leurs dépouilles ; car les bestioles une à une, après avoir parcouru la forêt en tous sens, étaient revenues prendre leurs places auprès de leurs puissants maîtres. Elles avaient toutes pris le « pli » que les hommes, eux, font prendre aux bêtes de foire, aux fauves qu’ils dressent, domptent.

Depuis la disparition du Buffle, pour un rien, le Lion les étrillait, pour un retard, le Rhinocéros les éventrait, le Tigre les dépouillait, comme pour leur apprendre à se réjouir de la mort du Buffle. Et les bestioles, plus que jamais, tremblaient. Du lièvre n’en parlons pas. Il oscillait plus qu’une feuille. La Fourmi, elle, ne sortait plus de chez elle. Son flair subtil lui aurait facilement indiqué le lieu où se trouve le cadavre du Buffle. Mais… mais… les « grands » l’auraient accusée d’avoir tué le Buffle et toute sa famille. Oh ! elle était devenue très, très prudente depuis que de telles histoires lui avaient créé force ennuis. Elle resta donc tapie dans son trou, mettant le nez à peine au-dehors.

Quelques jours plus tard, ce fut le Lion et les siens qui ne revinrent pas. Le Lion lui-même, le roi de la brousse avait été vaincu par la brousse.

Et le tour de la Panthère vint, puis ceux du Tigre, de l’Eléphant, du Rhinocéros. Une calamité semblait s’être abattue sur la caste des « grands », sur les sept puissants de la brousse. Et jamais, jamais, il n’avait été possible de retrouver les restes d’aucun d’eux.

Il ne restait plus que Kacou Ananzè. Mais Kacou Ananzè, lui, ne se laisse pas prendre comme cela. La brousse a beau être la brousse et prendre le Buffle, le Lion, la Panthère, le Tigre, l’Eléphant, le Rhinocéros, lui, la brousse ne le prendra jamais. La brousse sait cela du reste. Kacou Ananzè était donc seul à se livrer à ce jeu favori.

Étant un jour à la chasse, lorsque le soleil fut juste sur la tête et ramena les ombres aux pieds des arbres et des bêtes, Kacou Ananzè s’assit au bas d’une haute montagne. Fatigué, il somnolait. Dans sa somnolence, il lui parut que quelque chose s’approchait de lui… il ouvre les yeux et que voit-il ? Un génie ayant un nez comme ça, gros comme ça, aussi gros que cent fromagers réunis, et long, plus long que dix acajous placés bout à bout. Et voilà qu’il respire, ce monstre. Et dans ce nez phénoménal s’engouffre et surgit tout l’air du monde entier. Et tout cet air du monde entier entrant et sortant de ce nez phénoménal produisait un de ces bruits ! Quelque chose de terrifiant ! Ce n’est que fracas, tonnerre, montagnes qui se lèvent de terre, monticules projetés au loin, arbres qui s’envolent, déracinés. Et des animaux qui tombent morts, parce que le souffle du génie les a simplement effleurés.

— Hum ! Quel nez ! dit Kacou Ananzè en riant.

— Il me sert à chasser, répondit le génie.

— Un nez qui sert à chasser? Mon Dieu, qu’il y a vraiment des choses étranges ! Moi qui croyais avoir tout vu dans ce monde ! En quoi donc est-il fait ce nez énorme, étrange, monumental, ce nez monstrueux qui aspire tout l’air du monde entier ?

Et grimpé dessus, il le caressait, le regardait, l’examinait, l’étudiait. Et dans sa tête passaient des milliers d’idées. Autour de lui, soufflait l’ouragan. Et il lui posait mille questions, Kacou Ananzè dont la tête jamais ne se repose. Et le génie complaisant, répondait à toutes ses questions, riait de son étonnement. À toutes les épithètes, il ne faisait que rire, le bon génie. Et à chaque rire, les acajous aux fûts droits, partant en droite ligne vers le soleil, les fromagers aux troncs trapus et bosselés d’épines pareilles à d’énormes furoncles, les gigantesques dabémas aux puissantes racines, s’en allaient tous déracinés, broyés, pulvérisés. Vraiment, c’était un nez phénoménal que le nez monstrueux de ce génie qui tout le temps riait.

Aux animaux qui avaient échappé à son souffle mortel, il envoyait ses enfants les taquiner. Les animaux agacés, leur disaient :

— Ah ! si vous n’étiez pas les enfants du génie Papa Gros-Nez !

— Corrigez-les, répondait le génie. Quand un enfant n’est pas sage, on le corrige. Corrigez-les !

Et lorsque les animaux accouraient pour corriger les enfants, Papa Gros-Nez faisait : « Han ! houn ! » et tous les animaux tombaient morts, dans le souffle d’air du nez gigantesque.

Un souffle mortel qui soulève des montagnes, dévie les fleuves de leurs cours !

Kacou Ananzè en palpant ce nez, pensait, calculait. Car Araignée se savait tellement haïe que tout le temps sa tête travaillait, le jour, la nuit, inventant des ruses nouvelles, prenant tout un chacun dans ses rets. Sa situation de roi de la malice lui créait des obligations. Jamais en dormant Araignée n’avait fermé les deux yeux à la fois. Kacou Ananzè dormait toujours d’un œil.

Debout sur ce nez, il pensait, calculait.

Un matin donc, se prenant la tête à deux mains, et après avoir passé en revue toutes ses prouesses, il se dit :

— Quoi ! c’est bête, tout de même, de toujours courir après le gibier, alors qu’avec un nez, et en faisant : « Han ! houn ! » on peut avoir du gibier en abondance. Certes Dieu n’a pas voulu me donner un tel nez. Mais un nez phénoménal, au souffle mortel, on peut en fabriquer… Je vais m’en fabriquer.

Et ramassant toutes les bêtes que le souffle mortel avait tuées, Kacou Ananzè rentra chez lui. À peine était-il rentré, qu’appelant toutes les bestioles du village, il leur dit, après s’être couché sur le dos : « Allez à la rivière, allez dans la montagne, allez partout où vous voudrez et apportez-moi du sable, du sable, pour me faire d’ici demain soir, un nez aussi gros, aussi énorme que la montagne qui est là-bas.

Les bestioles s’inclinèrent et partirent. Elles revinrent des montagnes, des carrières, des sources, de partout, entassèrent le sable, le mêlèrent de glaise, posèrent l’échafaudage et commencèrent leur besogne. Elles travaillèrent, travaillèrent sans un instant de repos, chacune faisant un geste machinal, automatique. Elles étaient abruties de travail. Or il fallait finir ce nez d’ici demain soir, un nez aussi énorme que la montagne qui est là-bas. Nombreuses étaient les bestioles tombées de fatigue. Mais il le fallait finir ce nez. Et elles le finirent, ce nez rocailleux, monumental. Toute la nuit l’on fit du feu pour le sécher, ce nez qui, le lendemain matin, fut hissé sur les épaules de six cent soixante-quinze bestioles pour aller à la chasse. Kacou Ananzè était fier de posséder un tel nez. Toute la brousse le regardait : les oiseaux, les insectes, les arbres. Les oiseaux en pépiant, les insectes dans leurs murmures, les arbres en remuant leurs feuilles semblaient se demander les uns aux autres : « Depuis quand Kacou Ananzè a-t-il un nez pareil ? » Sous ce nez monumental, Ananzè était petit, tout petit. Le singe insolent d’habitude, éclatant de rire, sautait de branche en branche, après avoir évidemment fait quelques cabrioles sur le nez de Kacou Ananzè. Les libellules fatiguées de voleter, se posaient dessus. Malgré les nombreuses équipes ouvrant la route à ce nez, des lianes malignes l’arrêtaient au passage.

Enfin au bout de trois jours de marche, l’on vit un troupeau d’antilopes qui, dans une belle clairière, s’ébattaient. Kacou envoie aussitôt ses enfants les provoquer. Antilopes de se fâcher et de dire :

— Ah ! si vous n’étiez les enfants de papa Gros-Nez…

— Corrigez-les, répondit Ananzè. Corrigez-les ! Quand les enfants ne sont pas sages, on les corrige.

Et le troupeau d’antilopes de poursuivre les araignons. Kacou respirait de toutes ses forces : « Han ! houn ! han ! houn ! » Rien. Les antilopes venaient toujours. Les feuilles mêmes ne remuaient. Et le troupeau auquel s’étaient joints d’autres troupeaux, approchait. Ananzè se démenait sous son nez monstrueux, porté par six cent soixantequinze puissantes bestioles.

« Han ! houn ! han ! houn ! » Pure plaisanterie. Même pas le moindre grain de poussière sur la plus petite des feuilles, ne tombait. C’était le calme au bout des énormes narines devant lesquelles voletaient les moucherons. Les oiseaux tranquillement pépiaient, les singes jouaient, les papillons se poursuivaient. Des libellules restaient posées sur le nez. La paix régnait dans les bois, au bout du nez phénoménal. Mais les troupeaux d’antilopes auxquels s’étaient joints plusieurs dizaines de troupeaux, fonçaient.

« Han ! houn ! » Les mouches se promenaient dans les narines avec la plus parfaite quiétude. Elles y entraient, en ressortaient, bourdonnantes, heureuses. Et les corpuscules qui dansaient dans les rais de lumières, continuaient leurs danses, leurs évolutions. Les bestioles tremblaient, le nez tremblait et Kacou Ananzè aussi tremblait. On ne savait vraiment lequel des trois tremblait le plus. Mais Kacou Ananzè tremblant, disait aux bestioles : « Ne tremblez pas ! Laissonsles approcher, les antilopes, et l’on verra. »

« Han ! houn ! Ne faites pas bouger mon nez, voyons ! Han ! houn ! Voulez-vous rester tranquilles ? »

Voilà les antilopes qui viennent, qui les frôlent presque ! alors Kacou Ananzè ordonna le sauve-qui-peut. Tout le monde n’attendait que cela.

Ce fut donc une débandade.

— Enterrez-vous ! Enterrez-vous ne cessait de crier Ananzè.

Le nez ? Comment ! vous parler encore de nez depuis longtemps en ruine ? Le nez qui, lorsqu’il tremblait sur les épaules des bestioles affolées, s’en allait par plaques.

Chacun entrait dans le premier trou rencontré. Parfois cinq, six, dix, vingt bestioles prenaient un trou d’assaut, puis le laissaient toutes, pressées d’être loin, loin de ces antilopes enragées dont on sentait le souffle derrière la nuque.

Les araignons donnaient des crocs-en-jambe à leur père qui leur en donnait aussi. Tous roulaient à terre pour se relever aussitôt et plus vite encore courir, car déjà les antilopes, les antilopes… Aïe… plus vite ! mon Dieu. Les antilopes… les antilopes… Plouf ! Plouf ! Plouf !

Ils s’engloutirent dans un trou, se tenant les uns par les mains, les autres par les pattes.

— Ah ! il était temps. Si la fuite s’était prolongée un peu plus, c’en était fait de Kacou Ananzè, de la gent araignée. Les antilopes n’avaient plus qu’à lever un pied pour les écraser, qu’à baisser la tête un peu plus pour, sut leurs cornes, les envoyer crever dans les arbres. Elles ricanaient même, sûres de leur victoire lorsque dans le trou providentiel, Araignée et ses enfants, s’engloutirent.

Les troupeaux d’antilopes déchaînés tournèrent longtemps autour du refuge. Elles se demandaient comment parvenir à se saisir de la gent araignée. Elles se le demandaient les unes aux autres quand vint à passer le Porc avec sa belle trompe. Il allait au champ, panier sur la tête, un tison à la main, pipe à la gueule et chasse-mouches sous le bras droit. Il venait « clouc… clak ! » sur ses courtes pattes chaussées de sandales en bois de parasolier, et sa pipe faisait « poum ! poum ! » et la fumée autour de lui se divisait en rais que le vent absorbait. Les antilopes se dirent : « Tiens, voilà le frère Porc, avec sa longue main. Il va faire notre affaire. »

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Ce qu’il y a ! Il y a que des insolents sont jusque dans nos retraites les plus retirées, venus nous provoquer. Nous tenons à les punir de telle façon qu’ils s’en souviennent toujours.

— C est cela ! Personne ne veut nous respecter maintenant, nous les animaux. Nous devons nous imposer et prouver à tous ces chasseurs et autres que nous sommes après tout les maîtres de la forêt. Mais au fait où sont-ils ces insolents ?

— Dans ce trou.

— Et qui sont-ils?

— Kacou Ananzè et ses fils.

— Kacou Ananzè ? Vous dites bien Kacou Ananzè ?

— Oui… Kacou Ananzè.

— Je le tiens aujourd’hui, dit le Porc, en déposant son panier, son chasse-mouches, sa pipe et son tison. Il a osé, figurez-vous, un jour… ce sera bien long à raconter. Un jour donc, Araignée qui tremble dans ce trou, Araignée eut le culot de me manger un goret, le plus bel enfant que ma femme, la truie, venait de mettre au monde. Un goret dodu, joli, tout rose, avec des soies brillantes. Un amour de goret. Eh bien, Araignée m’a mangé ce bijou, ce chef-d’œuvre de goret. Depuis, ma femme et moi n’avons cessé de pleurer, et depuis aussi, nous cherchions le moyen de nous venger… — Que veux-tu en paiement?

— Prendre quoi? Vous, vous avez été provoquées, mais moi, il m’a mangé mon goret… Je vais les sortir de là. Vous allez bientôt les voir au bout de ma main…

Les antilopes dansèrent de joie, impatientes qu’elles étaient de piétiner, de pulvériser Araignée et ses enfants, Kacou Ananzè et ses araignons.

— Voici le signe par lequel vous reconnaîtrez que je le tiens, ce chenapan, dit le Porc. Lorsque vous verrez ma queue — il avait en plus une fort belle queue, le Porc — tourner, tourner comme cela sur ellemême, c’est que ça y est, je le tiens. Alors jetez sur moi du kaolin, du kaolin sur le dos en signe de triomphe.

Et le Porc fièrement, bravement, dans le trou introduisit sa belle trompe. Or Kacou Ananzè qui s’attendait à tout, avait mis des machettes rougir au feu. La trompe venait. Elle tournait à droite. Elle tournait à gauche, descendait toujours, s’arrêtait un moment, redescendait. Les araignons soufflaient sur le feu qui hurlait en flambant. Et les machettes blanchissaient. Ananzè regardait venir la trompe, la belle trompe du Porc. Les machettes blanchissaient toujours. Elles étaient aussi blanches que le soleil à midi. Au-dehors les antilopes chantaient et dansaient. Elles allaient tenir Araignée… Elles allaient purger le monde de cette détestable engeance ! La trompe tournait à droite, à gauche, remontait, descendait plus encore, tâtait une paroi ici, hésitait devant une fente par-là, s’arrêtait un instant comme pour souffler, comme pour rassembler ses forces, prendre une décision, repartait, s’allongeait toujours. Les machettes maintenant étaient plus blanches que le soleil à midi. La trompe descendait toujours. Araignée la regardait descendre. Au-dehors, les antilopes, sous le soleil ardent, étaient baignées de sueur. Elles dansaient cependant.

Lorsque la belle trompe fut à bonne portée, Ananzè sortit une des machettes et « chui ! » Il venait de trancher la belle trompe du Porc dont la queue, sous la douleur se mit à tourner comme cela sur ellemême.

— Il les tient ! Ah ! il les tient, hurla l’immense troupeau d’antilopes.

Le kaolin, par paquets, tombait sur le dos du Porc. La queue tournait et le tas de kaolin montait sur l’échine du malheureux Porc qui tremblait de douleur, du Porc pressé d’être loin de ce trou infernal.

Enfin, il réussit à se dégager. Et que voient-elles, les antilopes ? Un groin ? Qu’est-ce que cela ? Où est la belle trompe du Porc, se demandaient les antilopes effrayées, les antilopes qui prirent toutes la fuite, abandonnant le Porc à son sort.

Le Porc lui aussi se mit à courir, à courir, se croyant poursuivi par Kacou Ananzè qui dans son refuge se régalait de la belle trompe pleine de graisse.

Et c’est depuis ce jour-là que le Porc a le groin que nous lui connaissons.

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